Ce focus est une réponse à la tribune de Thierry Vilard consacrée aux laboratoires pharmaceutiques
Bonjour Thierry et merci de votre message.
Chacun peut partager votre réaction. Un certain nombre de médicaments permettent à des nombreuses personnes de mieux vivre ou de vivre moins mal. Aucun médicament n’est anodin : la dangerosité des médicaments nous préoccupe …et leur surveillance nous rassure.
La MGEN a souvent souligné, dans Valeurs mutualistes notamment, qu’il ne fallait jamais abuser des médicaments et que le fait d’en consommer plusieurs multipliait les interactions, dont certaines comportent des risques. Les prescripteurs ont un rôle capital en particulier sur l’information de chaque médicament proposé au patient (contre indication, allergie, etc, …) Les prescripteurs mais aussi les consommateurs !
Les listes de l’AFSSAPS que vous évoquez appellent certaines nuances.
Tous les nouveaux médicaments autorisés en Europe et dans les pays qui disposent d’une organisation sanitaire rigoureuse sont sous surveillance. En effet, malgré les études préalables, la biologie et la diversité humaines sont si complexes qu’un certain nombre d’effets indésirables ne sont pas détectables avant une utilisation à large échelle. On ne peut donc assimiler « surveillance », « état d’alerte », « potentiellement dangereux ». L’AFSSAPS a d’ailleurs modifié la présentation de sa liste en classant les médicaments en 4 catégories : depuis ceux sous surveillance car ils viennent d’être mis sur le marché jusqu’à ceux dont la commercialisation a été suspendue ou va l’être.
Ainsi on comprend mieux pourquoi certains médicaments sont sous surveillance, ce qui permet de dédramatiser le processus. Ce qui serait inquiétant c’est si les médicaments n’étaient pas surveillés une fois mis sur le marché. Un médicament est un produit actif, donc nécessairement dangereux si on l’utilise mal. Les divers documents sur le site de l’AFSSAPS concernant le Diantalvic montrent bien le lien entre usage et dangerosité: ce médicament est dangereux en prise massive, pratique constatée en Suède et au Royaume-Uni mais pas en France, doit-il être considéré dangereux en France ?
Il faut bien avoir à l’esprit qu’il y a plusieurs milliers de médicaments autorisés dans notre pays, comme dans les autres.
Ce qui n’excuse bien sûr en rien des comportements déviants.
A pathologie de même définition et de gravité comparable, certains d’entre nous réagissent positivement à certains médicaux et d’autres moins bien ou même mal.
Pour ce qui concerne la MGEN, elle plaide, dans tous ses espaces d’influence, pour un usage raisonné des médicaments et pour que la pharmacovigilance soit indépendante.
Avec la mutualité française, nous demandons un renforcement et une simplification de la pharmacovigilance. Il est primordial que l’autorité chargée de la surveillance ne soit pas celle chargée d’autoriser la mise sur le marché. Il faut détacher la politique du médicament de l’emprise de l’industrie, tant en matière de lobbying que d’expertise ou de formation des médecins. Nous pensons qu’il n’est pas normal que la France soit l’un des plus gros consommateurs mondiaux de médicaments. Nous estimons qu’il faut se concentrer sur le service médical rendu : s’il est insuffisant il ne faut plus rembourser le médicament concerné (et non pas le rembourser à 15% comme certains médicaments actuellement). Si le médicament est plus dangereux qu’efficace, il faut bien entendu l’interdire. Si le service médical rendu est significatif, encore faut-il s’assurer du bon usage du produit, ce qui passe beaucoup par une véritable formation continue indépendante des médecins, au lieu de « l’information » dispensée par les visiteurs médicaux, salariés des laboratoires pharmaceutiques.
Le scandale du Médiator pourrait-il déboucher sur une évolution positive de notre regard sur le médicament, en nous détournant de l’approche « un symptôme = une pilule » qui favorise une inflation de la demande de médicaments et de la prescription ? Le poids excessif de l’industrie pharmaceutique dans les politiques de santé n’est-il pas révélateur du poids excessif que nous accordons au médicament dans notre santé au détriment de la recherche de l’équilibre et du bien-être ?
Pour en savoir plus :
- sur les propositions de la Mutualité en matière de médicament : http://www.mutualite.fr/L-actualite/Medicament/Medicament-dix-propositions-de-la-Mutualite-Francaise-pour-restaurer-la-confiance
- Sur la pharmacovigilance : voir la revue de la Mgen Valeurs mutualistes n°271 (mars 2011), consultable sur le site mgen.fr > La Mgen > Valeurs mutualistes > VM n°271 Dans les secrets de la pharmacovigilance.